ANMONM

Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite

2016


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Conférence automne 2016

Jeudi 24 novembre 2016

Roger Jouet, Historien

 

Roger Jouet :   Guillaume, héritier ou conquérant ?

Le conférencier annonce qu’en cette année du 950e anniversaire de la bataille d’Hastings, où il est abondamment parlé de Guillaume et de la conquête de l’Angleterre, il limitera son propos à une question : Guillaume fut-il un « conquérant », s’emparant d’un pays par la seule force des armes (comme avant lui Alexandre le Grand attaquant la Perse, ou César la Gaule), ou bien était-il un héritier légitime du royaume d’Angleterre ?
En 1066, Guillaume aurait sans doute récusé l’appellation de Conquérant. R. Jouet, après avoir survolé l’histoire anglaise depuis les invasions anglo-saxonne du Ve s., montre que la royauté s’est fixée dans la famille du roi de Wessex Alfred le Grand (871-899). Même si les règles de succession au trône restent assez mal définies, une parenté avec la famille d’Alfred, même ténue, même par les femmes, est nécessaire pour devenir roi. C’est ainsi que le roi danois Cnut le Grand, (1016-1035), roi par la conquête, se hâte d’épouser Emma, veuve du roi anglo-saxon Ethelred II, pour se créer un lien avec la famille d’Alfred. Or, Guillaume est le petit-neveu de cette Emma, une sœur de son grand-père Richard II : le lien de parenté pour en faire un « héritier » existe donc aussi.
De plus, Edouard le Confesseur, fils de cette Emma et d’Ethelred II, rappelé de Normandie en 1042 pour devenir roi d’Angleterre, est très favorable aux Normands. Vers 1051, sachant qu’il n’aurait pas d’enfants, il promet sa succession à son petit-cousin Guillaume de Normandie : Guillaume, dès lors, voudra se considérer comme légitime héritier.
Le conférencier montre que d’autres auraient pu prétendre au trône : en particulier Edouard Aetheling, neveu d’Edouard le Confesseur, puis son fils Edgar Aetheling.
Mais le candidat le plus sérieux qui pourrait s’opposer à Guillaume est Harold, comte d’Essex, fils du plus puissant seigneur anglo-saxon Goldwin, et, depuis 1053, chef d’une famille qui possède les principaux comtés du pays. Ayant lui aussi un lien avec Edouard, dont il est le beau-frère, il a l’avantage d’être un anglais, et il aurait, le moment venu, facilement l’appui des Grands, qui forment le conseil dit Witenagemot.
La tradition, et en particulier la tapisserie de Bayeux, racontent comment Harold, venu en ambassade en Normandie, jure solennellement d’aider Guillaume à devenir roi, et ce à plusieurs reprises. Or, en 1066, à la mort d’Edouard, il se fait élire et couronner roi d’Angleterre.
Dès lors, Guillaume et les Normands vont le présenter comme un odieux parjure : sa mort à Hastings, et celle de ses frères, devient un jugement de Dieu qui confirme avec éclat le bon droit de Guillaume et l’indignité d’Harold.
Mais, demande R. Jouet, et si ce voyage d’Harold et surtout ces serments solennels n’étaient qu’une vaste opération d’intoxication pour légitimer Guillaume ? Et, se demande-t-il, comment imaginer qu’Harold n’ait pas depuis longtemps songé au trône ? Dès lors, il est presque impensable qu’il soit venu en Normandie volontairement : sans doute allait-il en Flandre quand une tempête l’a rejeté vers le Ponthieu. Et il est invraisemblable qu’il ait fait à Guillaume des serments, de même qu’il est inconcevable qu’un guerrier aguerri comme lui ait été armé chevalier par Guillaume, ou qu’il soit devenu le vassal de Guillaume (alors qu’il n’en détient aucun fief et ne connaît rien au système féodal). On peut se poser beaucoup de questions au sujet de ce voyage d’Harold. Une relecture attentive de toutes les sources s’impose donc avant de suivre la tapisserie de Bayeux ou les « historiens » du temps, dans leurs affirmations invérifiables dès l’époque de Guillaume puisque tous les principaux protagonistes avaient été tués à Hastings.
Guillaume : un héritier, certes, mais qui devra combattre, peut-être au prix d’une fable largement répandue sur l’indignité d’Harold ! Et un héritier qui devra se muer très vite en conquérant, et des plus rigoureux, devant la résistance des populations anglo-saxonnes.

 

                                    PARENTÉ DE GUILLAUME AVEC LA FAMILLE ROYALE DE WESSEX

 

                 

Emma est donc la grand-tante de Guillaume

     

 

Confprint2016

      

CONFERENCE DE PRINTEMPS

JEUDI 4 FEVRIER 2016

GERARD FOURNIER—CONFERENCIER

 

« CAEN ET LE CALVADOS DANS LA GRANDE GUERRE : DE LA MÉMOIRE À L'HISTOIRE »

 

Notre président a présenté  Gérard Fournier : professeur agrégé, docteur en histoire de la Sorbonne, spécialiste de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance, Président du Comité Régional Résistance et Mémoire, combattants volontaires de la résistance et de la Compagnie Fred Scamaroni,  professeur d'histoire géographie au Lycée Hastings de Caen.

Gérard Fournier a expliqué pourquoi il s'est intéressé à la Première Guerre mondiale : son grand père, Henri Fournier, adjudant sapeur, grenadier bombardier, instituteur dans le civil, a participé à cette guerre, il a écrit tous les jours à sa femme. Gérard Fournier a conservé les ¾ de cette correspondance et avec ses deux frères, est allé en pèlerinage sur les traces de ce grand père pendant la guerre : Bois le Prêtre, Chemin des Dames, Beauvais, Clairière de Rethonde... A la suite de cette visite, un article a paru dans « Le Courrier Picard ».

Gérard Fournier a participé, il y a quinze ans, à la création d'un jumelage entre les collèges de Caen et de Verdun pour les élèves de 3ème. Il organise des échanges, des visites (Ossuaire de Douaumont). Le 21 mai, Caen recevra les élèves de Verdun, ils étudieront la Seconde Guerre mondiale.

A partir d'archives qui n'avaient jamais été exploitées et de nombreuses photos, Gérard Fournier a développé d'une façon parfaitement structurée le thème de cette conférence qui a passionné l'auditoire et apporté aux 80 personnes présentes une connaissance importante de l'histoire de cette période dans notre région.

     

Président(e) de la section

Dr Michel COURS-MACH